À Jonzac, en Charente-Maritime, une histoire singulière a mis en lumière une question essentielle pour toutes les collectivités : comment protéger et valoriser les œuvres d’art qui composent le patrimoine communal ? La sculpture « L’Ange » de l’artiste zoran petrovic, offerte à la ville, a disparu pendant près d’un mois avant de réapparaître dans des circonstances qui interrogent l’organisation et la sécurité des réserves municipales.
Plutôt que de se limiter à l’anecdote, cet épisode offre une opportunité : repenser la manière dont une ville de la taille de Jonzac peut prendre soin de son patrimoine artistique, le sécuriser, mais aussi mieux le faire connaître et l’intégrer à la vie locale.
« L’Ange » de Zoran Petrovic : une œuvre offerte à la ville
La sculpture « L’Ange » est une œuvre contemporaine de dimension modeste mais à forte présence : environ 1 mètre de hauteur pour 0,70 mètre d’envergure, d’une aile à l’autre. Elle a été offerte à la ville de Jonzac, rejoignant ainsi le fonds d’œuvres qui appartiennent désormais au patrimoine communal.
Ce type de don est précieux pour une collectivité :
- Enrichir le paysage artistique local sans engager de lourdes dépenses publiques.
- Soutenir la création contemporaine en offrant une visibilité durable à l’artiste.
- Créer des repères culturels familiers pour les habitants, notamment lorsque l’œuvre est exposée dans l’espace public ou dans des lieux accessibles.
Avant sa disparition, la sculpture était stockée dans un local fermé à clé depuis le mois de juin, en attente d’une installation ou d’une mise en valeur plus pérenne. C’est précisément dans ce contexte de stockage que l’incident s’est produit.
Une disparition d’un mois qui interroge la sécurité des œuvres municipales
Selon le reportage paru le 21 mars 2019, les faits sont simples et frappants : l’œuvre, pourtant rangée dans un local verrouillé, a disparu pendant près d’un mois, avant de réapparaître un mercredi. Pendant cette période, on la cherchait activement.
Même si tous les détails ne sont pas publics, plusieurs questions émergent naturellement :
- Qui avait accès au local fermé à clé ?
- Comment une sculpture d’un mètre de haut a-t-elle pu être déplacée sans être immédiatement repérée ?
- Quels outils de suivi et d’inventaire étaient en place au moment des faits ?
Sans spéculer sur les circonstances précises, un point apparaît clairement : la disparition, puis la retrouvaille de l’Ange ont révélé des fragilités dans l’organisation matérielle et la sécurité autour des œuvres municipales. Pour Jonzac comme pour beaucoup d’autres collectivités, c’est un signal utile pour passer à un niveau supérieur en matière de gestion du patrimoine.
Transformer un incident en opportunité pour le patrimoine jonzacais
La bonne nouvelle, c’est que la sculpture a été retrouvée. Et cette issue positive permet d’aborder la suite sous un angle constructif : comment tirer parti de cet épisode pour mieux protéger et valoriser le patrimoine artistique de Jonzac ?
Plutôt que de se limiter à un simple constat de dysfonctionnement, la ville peut s’appuyer sur cette expérience pour :
- Renforcer ses procédures internes de gestion des œuvres (inventaires, mouvements, stockage).
- Élever le niveau de sécurité dans les locaux municipaux où sont entreposées des pièces d’art.
- Accroître la visibilité des collections afin que les habitants connaissent et s’approprient ces œuvres, ce qui renforce naturellement la vigilance collective.
Mieux inventorier et tracer les œuvres communales
Le premier levier, souvent sous-estimé, est la qualité de l’inventaire. Chaque œuvre, comme « L’Ange » de Zoran Petrovic, devrait faire l’objet :
- d’une fiche d’inventaire précise (dimensions, matériaux, auteur, date, conditions de don ou d’acquisition) ;
- d’une localisation actualisée (où se trouve concrètement l’œuvre, dans quel bâtiment, dans quelle pièce) ;
- d’un suivi des mouvements (entrée en réserve, sortie pour exposition, restauration, prêt, etc.).
Une simple mise à jour systématique de ces informations réduit considérablement le risque de « disparition » administrative, de confusion, ou de stockage non documenté. C’est aussi un outil puissant pour préparer des expositions, des parcours urbains ou des actions pédagogiques.
Sécuriser sans enfermer l’art
La disparition temporaire de la sculpture montre l’importance d’un équilibre entre sécurité et accessibilité. Verrouiller un local ne suffit pas toujours si :
- plusieurs personnes ont accès aux clés ;
- les mouvements d’objets ne sont pas consignés ;
- les œuvres sont stockées dans des espaces partagés ou multi-usages.
Sans nécessairement multiplier les dispositifs coûteux, une ville peut déjà progresser en :
- dédiant, lorsque c’est possible, un espace clairement identifié pour les œuvres;
- restreignant et traçant l’accès aux réserves aux seules personnes habilitées ;
- mettant en place des procédures écrites simples pour chaque entrée et sortie d’œuvre ;
- sensibilisant les équipes à la valeur patrimoniale, parfois méconnue, de certaines pièces.
Le but : faire comprendre que chaque œuvre municipale est un bien commun, qui mérite le même sérieux que les archives, les bâtiments publics ou les équipements techniques.
Associer les habitants à la vigilance et à la valorisation
Un autre bénéfice inattendu de cette affaire est qu’elle a fait parler de l’Ange et de son auteur. Beaucoup d’habitants ont ainsi découvert ou redécouvert la présence de cette œuvre dans le patrimoine de Jonzac.
Pour une ville, c’est une formidable occasion de :
- raconter l’histoire des œuvres dans la presse locale, lors d’événements, ou via des supports municipaux ;
- impliquer les écoles et les associations dans des projets pédagogiques autour de l’art et du patrimoine;
- encourager un regard plus attentif sur l’espace public et les lieux culturels, ce qui renforce indirectement la protection des œuvres.
Quand les habitants connaissent les œuvres qui leur appartiennent collectivement, ils deviennent des alliés naturels de la conservation: ils remarquent plus vite un déplacement inhabituel, une dégradation, ou une absence incompréhensible.
Mettre en lumière les artistes contemporains dans une ville moyenne
L’Ange de Zoran Petrovic rappelle également un enjeu plus large : la place de l’art contemporain dans les villes moyennes et rurales. Une sculpture offerte à une ville comme Jonzac n’est pas seulement un objet esthétique, c’est :
- un signal d’ouverture culturelle vers la création actuelle ;
- un moyen de créer du lien entre habitants, élus, artistes et visiteurs;
- un atout pour l’attractivité touristique et l’image de la commune.
Valoriser une œuvre comme « L’Ange », c’est donc :
- lui trouver un emplacement réfléchi (espace public, bâtiment municipal, lieu culturel) ;
- l’accompagner d’une médiation claire (cartel explicatif, présentation dans les supports de communication locaux) ;
- l’intégrer éventuellement dans un parcours d’art dans la ville, même modeste, qui peut grandir au fil des années.
Chaque œuvre ainsi mise en valeur devient un repère visuel et symbolique, qui contribue à l’identité de la commune.
Bonnes pratiques concrètes pour les collectivités : que retenir de l’Ange ?
L’histoire de la sculpture de Zoran Petrovic offre un condensé de leçons utiles pour toute collectivité qui possède des œuvres d’art, qu’elles soient exposées ou en réserve. Voici quelques bonnes pratiques simples et réalistes à mettre en place.
1. Formaliser une politique de gestion des œuvres
Sans entrer dans un formalisme excessif, il est utile de définir :
- qui est responsable du suivi des œuvres (service culturel, patrimoine, autre) ;
- comment sont décidés les mouvements (stockage, exposition, prêt) ;
- quelles informations sont systématiquement consignées pour chaque pièce.
Une politique claire évite les malentendus et assure une continuité malgré les changements d’équipes ou de mandats.
2. Mettre à jour l’inventaire au moindre mouvement
La disparition temporaire d’une œuvre comme l’Ange montre que le moment le plus sensible est celui du déplacement: entrée ou sortie de réserve, changement de salle, restauration, etc.
Une règle simple peut faire une grande différence :
- aucun mouvement d’œuvre sans mention immédiate dans l’inventaire;
- une vérification régulière de la cohérence entre la liste des œuvres et leur présence physique dans les lieux indiqués.
3. Soigner les conditions de stockage
Un local fermé à clé est une première étape, mais la réflexion peut aller plus loin :
- limiter l’accès au strict nécessaire ;
- éviter que les réserves d’œuvres ne servent aussi d’espaces de rangement général ;
- organiser les pièces de manière à repérer rapidement une absence ou un déplacement.
Un bon stockage, c’est à la fois une meilleure conservation matérielle (moins de risques de chocs, d’humidité, de poussière) et une meilleure surveillance.
4. Raconter publiquement la vie des œuvres
La médiatisation de la disparition puis de la retrouvaille de l’Ange a montré à quel point le public est attentif à ces histoires. En les partageant, la ville :
- renforce le lien affectif entre habitants et patrimoine;
- donne du sens aux choix culturels des élus ;
- encourage un climat de veille bienveillante autour des biens communs.
Conclusion : L’Ange, un avertissement… et un nouvel élan pour Jonzac
En disparaissant pendant un mois, puis en réapparaissant, l’Ange de Zoran Petrovic a involontairement joué un rôle de révélateur. Il a mis en lumière la nécessité, pour une ville comme Jonzac, de :
- mieux organiser la gestion de ses œuvres d’art ;
- renforcer la sécurité dans ses locaux municipaux ;
- et surtout, affirmer la valeur de son patrimoine artistique, qu’il soit exposé ou conservé en réserve.
La fin heureuse de cette histoire ouvre un champ de possibles : transformer un incident en point de départ d’une politique patrimoniale plus ambitieuse, dans laquelle chaque œuvre offerte à la ville – comme l’Ange – trouve pleinement sa place, protégée, suivie… et partagée avec le plus grand nombre.
À terme, cette prise de conscience peut faire de Jonzac un exemple positif de gestion et de valorisation du patrimoine artistique local, où les œuvres ne sont pas seulement possédées, mais véritablement vécues par la communauté.
